Aux origines du nature writing (Le Mot et le Reste, 8 octobre 2020)

Résumé du livre :

L’expérience de la wilderness – l’espace sauvage américain – est traditionnellement liée à l’écriture de la nature – nature writing – née avec Thoreau, dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Or, elle est apparue bien avant, dès les écrits de William Bartram, inspirant fortement deux écrivains français de renom – Chateaubriand et Tocqueville – qui ont décrit les splendeurs des grands espaces naturels américains entre 1775 et 1831. Portés par la vogue américaine issue des romans de J. F. Cooper, Chateaubriand et Tocqueville font naître l’écriture littéraire de la nature en s’inspirant in situ des solitudes du Nouveau-Monde. Thoreau puis John Muir viendront parachever ce premier élan en consacrant l’autonomie d’un genre nouveau, promis de nos jours à un essor toujours plus grand.

Chateaubriand, Voyage en Amérique (édition critique de Sébastien Baudoin, Paris, Gallimard, “Folio”, 2019).

Résumé de l’oeuvre éditée :

1791 : Chateaubriand a vingt-trois ans. Désœuvré et préoccupé par la situation politique révolutionnaire, il quitte la France à destination de l’Amérique : son voyage durera huit mois. Là, au-delà de villes encore en devenir, il découvre, fasciné, la nature sauvage américaine : les chutes du Niagara, les grands lacs, le Mississipi et les Indiens qui peuplent ces contrées… La nature démesurée du Nouveau Monde comble son désir de liberté et lui fournit l’inspiration grandiose qui nourrira toute son œuvre. Plus de trente ans après, se présentant comme « le dernier historien des peuples de la terre de Colomb », il rédige son Voyage en Amérique par le prisme de ses souvenirs et de ses lectures. Tout ce qu’il n’a pas vu, il le réinvente. La nostalgie d’une grandeur passée – celle de la Nouvelle-France, l’empire colonial français désormais perdu – se mue sous sa plume en un éloge du Nouveau Monde, ce continent où « le genre humain recommence ». Chateaubriand nous le rappelle : la littérature demeure le conservatoire des mondes évanouis.

Le Dandy et le Samouraï – Baudelaire et Mishima (à paraître).

Résumé du livre :

Dans Confessions d’un masque (1949), Mishima place en exergue une citation extraite de “L’Héautontimoroumenos” de Baudelaire. Il inscrit ainsi son autobiographie dans le sillage de ce “bourreau de soi-même” qui cherche à s’analyser de manière impitoyable en se mettant à la torture. Cette posture baudelairienne par excellence n’est qu’une des facettes de l’influence de Baudelaire sur Mishima et son oeuvre. Nous explorons dans ce livre la manière dont l’esthétique de Baudelaire, des Fleurs du Mal (1857) et des Paradis artificiels (1860) au Spleen de Paris (1869) innerve l’imaginaire de Mishima, prenant son origine dans un rapprochement entre l’esthétique du dandy, développée dans les écrits esthétiques du poète français, et l’éthique du samouraï qu’expose Mishima dans Le Soleil et l’Acier (1965-1968) et surtout Le Japon moderne et l’éthique samouraï (1967), construit comme une introduction au Hagakure (1716) de Yamamoto Tsunetomo. Ce livre entend constituer une pièce de l’édifice constitué par l’influence de Baudelaire sur le monde des lettres japonaises.