
(Paris, Gallimard, “Folio classique”, 2023)
À la fin de l’été 1839, Henry David Thoreau et son frère aîné John entreprennent un voyage à bord de l’embarcation qu’ils ont fabriquée de leurs mains. Ils vont suivre le cours de la Concord River, puis de la Merrimack River. Quand John meurt trois ans plus tard, Thoreau décide de lui rendre hommage en retraçant leur voyage, à partir de notes qu’il rassemble dans sa cabane de Walden. Il condense son récit en une semaine symbolique, où chaque journée est associée à un thème : la poésie antique, la sagesse orientale, la culture des Indiens d’Amérique… Au rythme du courant, vif ou lent, les paysages traversés sont décrits avec l’œil poétique du peintre et la précision du scientifique. Et ce périple, qui fut bien réel, devient un voyage initiatique, une véritable épiphanie, dans l’abandon heureux à la Nature et à l’espace des vastes étendues américaines.

William Bartram, Voyages (édition de S. Baudoin, Paris, Le Pommier, 6 avril 2022)
Auteur réputé aux États-Unis, William Bartram (1739-1823) est encore peu connu en France et en Europe. Or, ses Voyages (1775-1778) ont influencé de grands écrivains européens, comme le poète anglais Coleridge ou encore Chateaubriand, qui a puisé abondamment dans ses récits pour nourrir ses oeuvres américaines, Atala (1801), Les Natchez (1826) et Voyage en Amérique (1827). Dans cette édition, Sébastien Baudoin a retenu les pages qui forment le coeur de son parcours dans les Florides afin de restituer l’intensité de son rapport à cette nature exotique : loin de se contenter de recenser et d’analyser les espèces végétales et animales qu’il repère au fil de ses promenades botaniques, ce savant éclairé sait rendre avec poésie la beauté des scènes et des paysages qui s’offrent à lui. Mieux : il les transcende dans une vision providentialiste. C’est sans doute cet aspect, plus encore que la rigueur scientifique de ses observations, qui a pu charmer toute une génération d’écrivains en mal d’exotisme, célébrant la Nature comme une nouvelle Muse. Bartram donne enfin un témoignage essentiel sur les Indiens et leurs rapports aux hommes blancs de cette époque. Adoptant le regard d’un ethnologue avant l’heure, il se montre curieux de leurs moeurs, célébrant leur grandeur, déplorant leur décadence.

Chateaubriand, Voyage en Amérique
(Paris, Gallimard, “Folio classique”, 2019) [Edition critique]
1791 : Chateaubriand a vingt-trois ans. Désœuvré et préoccupé par la situation politique révolutionnaire, il quitte la France à destination de l’Amérique : son voyage durera huit mois. Là, au-delà de villes encore en devenir, il découvre, fasciné, la nature sauvage américaine : les chutes du Niagara, les grands lacs, le Mississipi et les Indiens qui peuplent ces contrées… La nature démesurée du Nouveau Monde comble son désir de liberté et lui fournit l’inspiration grandiose qui nourrira toute son œuvre. Plus de trente ans après, se présentant comme «le dernier historien des peuples de la terre de Colomb», il rédige son Voyage en Amérique par le prisme de ses souvenirs et de ses lectures. Tout ce qu’il n’a pas vu, il le réinvente. La nostalgie d’une grandeur passée – celle de la Nouvelle-France, l’empire colonial français désormais perdu – se mue sous sa plume en un éloge du Nouveau Monde, ce continent où «le genre humain recommence». Chateaubriand nous le rappelle : la littérature demeure le conservatoire des mondes évanouis.

Chateaubriand, Essai sur la Littérature anglaise
(Paris, STFM/Garnier, 2013) [Edition critique]
L’Essai sur la littérature anglaise de Chateaubriand, œuvre tardive de l’auteur publiée en 1836, déconcerte par sa structure autant que par son contenu : digressif, méditatif, ou analyste, Chateaubriand, en habile compilateur, s’y révèle autant biographe et historien que critique littéraire.

Chateaubriand, Atala, suivi de René, édition et postface de Sébastien Baudoin, préface d’Aurélien Bellanger
(Paris, Gallimard, “Folio classique”, 2023) [Edition critique]
Atala : Chactas, indien d’Amérique, raconte à René l’histoire de son amour tragique pour Atala, une jeune indienne convertie au christianisme. Alors qu’il était prisonnier d’une tribu, elle l’a délivré. Amoureux l’un de l’autre, ils fuient dans la forêt sauvage mais Atala, ayant fait vœu de chasteté auprès de sa mère mourante, préfère s’empoisonner plutôt que de céder à Chactas… René : Ayant entendu la confession de Chactas, René raconte à son tour la manière dont, après la mort de son père, il a erré en Europe, désabusé, voyant Amélie, sa sœur bien-aimée, s’éloigner de lui. Son amour pour elle le tourmente. Alors que Amélie entre dans les ordres pour fuir René et cet amour qu’elle ressent aussi, lui se perd dans des rêveries noires, rêvant de partir en Amérique pour oublier sa sombre destinée…

AUX ORIGINES DU NATURE WRITING
(Le Mot et le Reste, 2020)
L’expérience de la wilderness – l’espace sauvage américain – est traditionnellement liée à l’écriture de la nature – nature writing – née avec Thoreau, dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Or, elle est apparue bien avant, dès les écrits de William Bartram, inspirant fortement deux écrivains français de renom – Chateaubriand et Tocqueville – qui ont décrit les splendeurs des grands espaces naturels américains entre 1775 et 1831. Portés par la vogue américaine issue des romans de J. F. Cooper, Chateaubriand et Tocqueville font naître l’écriture littéraire de la nature en s’inspirant in situ des solitudes du Nouveau-Monde. Thoreau viendra parachever ce premier élan en consacrant l’autonomie d’un genre nouveau, promis de nos jours à un essor toujours plus grand.

Poétique du paysage dans l’oeuvre de Chateaubriand
(Paris, Classiques Garnier, 2011)
Le paysage tient une grande place dans l’œuvre de Chateaubriand. Il figure un prisme à travers lequel l’auteur tente de cerner le monde et de saisir sa propre identité. Tel est le fondement de notre étude. En développant une poétique descriptive selon la triple logique de l’expansion, de la dynamique de l’espace et de la logique (auto)textuelle, Chateaubriand tente de résoudre l’équation insoluble de sa propre identité. Se révèle ainsi la complexité d’un rapport au monde tourmenté.
A paraître
Julien Gracq. Le rivage du style
A paraître le 18 septembre 2026

Julien Gracq (1910–2007) est l’un des plus grands écrivains du XXe siècle. Son oeuvre se déploie sur une grande étendue temporelle (1938–2000) et dans tous les genres (roman, poésie, théâtre, essai).
Très secret sur sa vie personnelle, Gracq ne s’est livré qu’au travers de mentions réparties au fil de ses oeuvres et de ses fictions ou encore de ses entretiens. Dans Julien Gracq, Le rivage du style, Sébastien Baudoin rassemble les fragments de cette mosaïque pour les associer à d’autres documents sur lesquels il a enquêté pendant plusieurs années. Ainsi, cet ouvrage est la première véritable biographie scientifique qui lui est consacrée. En sollicitant en profondeur sa correspondance, les témoins de sa vie ou les archives à sa disposition, Sébastien Baudoin éclaire cette vie remarquable.
A paraître en 2027, La Grive et la Madeleine. Proust et Chateaubriand (tome I, Classiques Garnier).


Au-delà de l’épisode proustien de la madeleine et du thé entraînant la réminiscence fameuse à l’origine d’A la Recherche du temps perdu, inspiré de la grive de Montboissier de Chateaubriand, les affinités électives entre les deux auteurs sont nombreuses. Leurs deux oeuvres-monument, les Mémoires d’outre-tombe et La Recherche, prennent le même modèle architectural pour se dire, appréhendent l’homme dans le temps à la manière des moralistes, avec cette saveur douce-amère de vanités qui teintent les paysages représentés, fondement d’oeuvres immortelles, vouées à enchanter la postérité. Proust pastiche Chateaubriand, ses personnages le moquent ou l’admirent. Derrière le miroir d’illusions de la méthode de Sainte-Beuve, la référence à Chateaubriand demeure essentielle, témoignant de l’admiration de Proust pour les belles phrases poétiques, le doux parfum de l’héliotrope, la saveur du temps qui infuse dans la lenteur mélancolique d’une échappée tragique. Si de Combourg à Combray, l’écho résonne dans la sonorité du nom et des lieux matriciels de la création, c’est que l’on peut y voir la naissance de deux grands génies que tout réunit, jetant un pont entre les siècles.